Utopiales 2025 – Interview de Noëmie Lemos

Bonjour à toustes !

Je reprends ma série des interviews aux Utopiales 2025: Et voici pour vous, en exclusivité sur ce blog (ahem), l’interview de la formidable et fort sympathique Noémie Lemos !

Nous y parlons d’énormément de choses fort intéressantes: De son parcours d’autrice, de rapport à la jeunesse, d’agronomie, d’opposition littéraire/scientifique, mais aussi, n’en jetez plus, de parasitisme et de kleptoplastie, me semble t’il.

Allez c’est parti, en espérant que vous aurez autant de plaisir à lire cette interview que nous avons eue à la faire 🙂

Oh tiens, sinon, pour les fans d’audio, c’est aussi dispo en enregistrement, avec les p’tits bruits parasites et les questions de 12 kilomètres que j’oublie même ce que j’étais en train de poser 😀

Bonjour Noémie, et merci d’avoir accepté cette interview !… Ma première interview Officielle !

J’adore inaugurer les choses, tu sais, les podcasts, les maisons d’édition, j’aime bien être la première !

Eh bien, c’est parfait, on va s’amuser un peu alors ! Allons-y, commençons.

Noémie, tu es autrice de trois romans : Neige, paru en 2023 aux éditions L’Autre Bout, Hope paru en 2024 chez Timelapse, et Station Symbiose en 2025 chez Critic.

Tu as aussi participé à plusieurs autres anthologies comme Amazonie Spatiale chez Bragelonne, ou Mécanique des luttes des classes chez Oneiroi. 

On a souvent tendance à te donner l’étiquette Hope Punk. Est-ce que c’est quelque chose qui te parle, est-ce que tu t’y reconnais ?

Complètement ! Ce que j’aime bien dans le Hope Punk, c’est — pour commencer par la fin — le côté Punk (que l’on retrouve dans le Steampunk), et qui fait référence à la personne, souvent celle en bas de l’échelle sociale. C’est la personne un peu à part, la personne du quotidien. 

J’ai plus de facilité à m’emparer de ces personnages que des personnages du Prince, de l’Élu, etc. Ça, c’est mon petit côté Punk

Et puis il y a le côté Hope : l’espoir, l’optimisme, et c’est important pour moi. 

Avec Neige et Hope, ce qui m’a amené à vouloir être lue (pas à l’écriture, mais vraiment au fait d’écrire pour être lue !), c’est le jour où mes sœurs sont tombées enceintes, à peu près en même temps !  

C’est à ce moment que je me suis dit que je ne sais pas ce que la vie me réserve, que j’habite très loin de mes neveux et nièces,  qu’ils vont grandir, et que j’aimerais être sûre de leur laisser quelque chose.  J’ai donc voulu, leur écrire un texte pendant qu’ils ne sont encore petits, qu’ils liront ou ne liront pas, je ne sais pas, mais… j’avais ce besoin. Et forcément, je me suis projetée.

Et ce n’est pas pour rien que mes premiers textes sont des textes de science-fiction : Mes premiers textes étant des textes adultes, ils ne vont pas me lire à leurs 10 ans. Mais peut être à leurs 20 ans. Et dans 20 ans, qu’est-ce qu’il y aura ? Qu’est-ce que je veux transmettre ? J’imagine bien que dans 20 ans, ça ne sera peut-être pas tout rose. Et ça ne sera jamais tout rose… Mais c’est important pour moi de passer des messages d’espoir.

C’est donc cette envie de transmettre quelque chose à tes neveux et nièces qui t’as lancé dans cette démarche, finalement.

D’ailleurs, une des choses qui me frappe dans Hope et Station Symbiose, ce sont tes personnages juvéniles, particulièrement bien écrits. Ce ne sont pas simplement des victimes, ils ne sont pas idiots. Ils sont conscients des limites dans lesquelles ils évoluent, tout en essayant de les questionner, de les repousser, pour s’y développer.

Et c’est quelque chose qui t’est aussi venu de comment tu imaginais les interactions avec tes neveux et nièces ?

Je pense que ça vient de plus de mon vécu. J’écris des personnages soit plus jeunes que moi, soit de mon âge… En fait, ce sont des âges que j’ai vécus. Je trouve ça plus simple que d’écrire des personnages plus âgés !

Dans mes premiers romans, il y a assez peu de personnages plus âgés. Ils ne sont pas encore très développés, parce que je sens que ça va me prendre plus de temps. Mais c’est une matière que j’ai très envie de travailler. j’ai commencé par le plus simple !

Je pense qu’il reste une grande part d’enfant en moi, donc ce n’est vraiment pas difficile ! [rires]. D’ailleurs le personnage de Myrina dans Station Symbiose, ceux qui l’ont lu sauront pourquoi, mais elle m’est très, très proche. Ce n’est pas de l’autobiographie, mais c’est une forme d’autofiction. Donc, c’est vrai que là, je n’ai pas réfléchi. C’était hyper naturel !

Ensuite, mon vécu, c’est peut-être d’avoir été une enfant très mature, très vite. Mentaliser, vouloir comprendre des choses…  Et c’est d’ailleurs le quotidien de beaucoup d’enfants. 

En tant qu’adulte, on sous-estime souvent leur capacité à comprendre des choses, à en être expert. 

J’ai eu la chance, avec Amazonie Spatiale, de partir en camp d’exploration et d’entraînement d’astronaute avec des enfants de 8 à 14 ans. Et de découvrir qu’à travers leur passion,  ils en connaissent 10 000 fois plus que moi ! 

Et c’est fascinant parce qu’il y a des moments, ils sont hyper experts, avec de grandes réflexions, sans aucune barrière. Avec des raisonnements hyper poussés !  Tout leur paraît logique. Et des fois, ils vont dire des choses hyper poussées.

Et puis, la seconde d’après, ils vont partir dans complètement autre chose. Ils changent très vite ! Et je pense que ça me correspond toujours, que je garde tout ça en moi. Ça me reste assez naturel !

J’avais fait une des formations de Cécile Duquesne, l’école d’écriture 2.0, je crois, qui est vraiment très bien. Et nous avons notamment abordé un module sur la jeunesse. Son discours était que pour écrire en jeunesse, il faut considérer que le jeune, c’est un adulte en devenir.

Mais ça reste un adulte. En fait, il n’y a pas de choses particulières. Il y a, bien entendu, des codes moraux,, quelques petites choses. On va faire attention. D’ailleurs, j’ai presque tendance à me poser plus de questions, je travaille plus finement pour du Jeunesse. 

Parce que vraiment, je veux que la première couche, la deuxième couche, la troisième couche d’interprétation, toutes soient nickel chrome. Parce qu’il y a un peu moins d’expérience quand on est jeune.

Je me suis beaucoup sourcée. J’ai avalé beaucoup de bouquins jeunes, et ça m’a tellement aidée à me former en tant qu’adulte. 

Alors que quand j’écris pour les adultes, je sais qu’il y a un regard, qu’il y a déjà un filtre, que la personne va prendre ce qui lui semble OK, ce à quoi elle adhère, ce à quoi elle n’adhère pas. Dans ce cas, Je me mets moins la pression : Il y a des gens qui ne rencontreront pas du tout le livre ou ne seront pas OK avec tel ou tel personnage. Pas de souci. 

Sur les jeunes, je veux que tout soit bien carré, nickel… Et je ne sais même plus quelle était la question ! [rires]

C’était la question de comment tu arrives à si bien écrire des jeunes personnages. Et finalement, de ce que j’entends, c’est à la fois une part de ton vécu, de ce que tu as encore dans ton petit cœur, qu’on a tous (et que j’espère qu’on a tous, mon Dieu, pourvu qu’on l’ait tous !)  Et puis aussi ces relations que tu as avec les enfants, où tu vois que ce ne sont pas des personnages si différents des adultes, que ce soit des adultes en devenir, chose que l’on perçoit peut-être pas si bien, au final ?

Oui ! Ce sont des adultes. Et c’est important pour moi de ne pas simplifier. Ce n’est pas la même chose de rendre accessible que de simplifier. On peut exprimer des choses complexes : dans Citation Symbiose, ça parle d’immigration, d’acceptation de l’autre, de boucle écosystémique, de gestion des déchets, de deuil. J’ai essayé de rendre ça le plus simple possible et le plus accessible. Mais ça reste des sujets complexes.

Et c’est pour ça qu’il faut un roman entier pour en parler !

Pour ma part, j’ai commencé à lire du jeunesse il y a très peu de temps, et j’ai découvert un nouvel univers. Parce que comme tu le dis si bien, il y a tout un panel de sujets que tu peux aborder. Et ce n’est pas parce que c’est du jeunesse que c’est bébête.

Ah non, tout à fait !, c’est vraiment chouette en tout cas. Merci pour ces éléments !

Et merci à toi pour tout ça ! 

J’aimerais aborder un sujet qui m’interpelle également, autant dans Station Symbiose que Hope. On connaît un peu  ta vie professionnelle. Tu es ingénieur agronome, Et on a l’impression que ca infuse dans tes personnages, notamment avec le personnage de Jade, la maman d’Asha, L’ingénieure en chef qui va être amené à tenter de résoudre des éléments clés de son environnement. 

Et je pense aussi aux concerts olfactifs de Myrina.

Ma question, tout bêtement, c’est comment ton métier influence tes écrits ? Et peut-être inversement, comment tes écrits influencent ton métier ?

J’aime beaucoup cette place, même s’il n’est pas tout le temps facile d’être une espèce de pont entre les deux. Je vois deux milieux professionnels différents, la filière de l’agronomie, la filière littéraire de la culture.

Je vois deux types de populations différentes, entre des ingénieurs, des commerciaux, et entre des professeurs, des écrivains, des artistes. Et toutes ces personnes-là et toutes ces expériences-là sont hyper riches. Et tout se nourrit l’un de l’autre.

C’est vrai qu’en France, en tout cas, moi, de mon vécu, on a quelque chose d’assez dichotomique. C’est soit la littérature, soit la science. Quand on passe son bac, il faut choisir.

Rajoutons qu’en France, on est très mono-métier. On a un métier, une spécialité, on n’est bon que là-dedans. Et je l’ai même vu dans le regard parfois de collègues qui m’ont lu et qui ont été surpris, en disant « Ah, mais c’est bien écrit en plus !

Oui, je comprends peut-être parce que celles qui me connaissent au travail me connaissent en train de parler de chiffres un peu complexes, de choses  très factuelles, hyper carrées. Et en fait, notre inconscient collectif fait qu’on n’imagine pas quelqu’un qui parle d’équations et de tendances économiques, etc., aller écrire des scènes hyper politiques sur du concert olfactif. Mais tout est lié, on est tous des êtres humains, on est tous en train de rêver. Et cette séparation un peu des choses, elle n’est pas hyper bonne. 

Et moi, j’ai mis du temps à le comprendre.

Comme à l’école, j’ai dû choisir entre les S et les L, j’ai mis beaucoup de temps à me dire, je peux être légitime en tant que professionnelle dans la filière littérature. J’écrivais toujours, j’ai toujours écrit, je me sentais légitime dans ma propre écriture. Mais par contre, d’en faire un métier, il m’a fallu rencontrer des autrices et des auteurs qui font les deux.

Je pense à Floriane Soulas, typiquement, qui fait un métier très proche du mien. Ou Lionel Davoust a fait la même école d’ingénieur que moi. C’est en les rencontrant que je me suis dit il y a plein de gens qui font le lien et qu’il y a plein de choses à faire.

Et de l’autre côté, la littérature m’influence dans mon travail, dans ma façon de présenter les choses, dans la pédagogie. Je travaille dans l’analyse de chiffres, les études de marché et aussi la revente. Le storytelling, désolé, il est partout, c’est mon fonds de commerce.

Quand il faut que je convainque ou que j’explique pourquoi on fait des choses, c’est raconter une histoire. Tout, dans la vie, est « raconter des histoires ». C’est une compétence de base qui me sert partout.

Et puis de l’autre côté, c’est vrai que dans la littérature, cette culture scientifique que j’ai me sert. Je suis actuellement dans un métier dans lequel je suis vraiment dans les analyses chiffrées. Je n’ai pas le bagage d’un biologiste, d’un astrophysicien, mais j’ai une formation qui m’a amenée à toucher un petit peu à tout. Et du coup, dès que j’ai un sujet, je vais savoir faire comment aller creuser un peu.

On a plein de documentations avec Internet aujourd’hui. C’est génial. Il n’y a même plus besoin de se déplacer.

Et puis je connais des gens à qui m’adresser. Et du coup, c’est vrai que tous mes romans sont au début quelque chose qui vient de la science. Hope, vient notamment  une émission qui parle du voyage spatial en disant que la vitesse de la lumière, ça n’est pas demain la veille.

Mais par contre, la cryogénisation, les ours endormis ne sont pas sensibles aux rayons ou peu sensibles. Il y a des pistes qu’on va aller voir là-bas. On fait un vaisseau, on cryogénise des femmes, il y a malheureusement un taux de perte… Et c’est le début de Hope. 

Il y a toujours les intentions premières que j’abordais juste avant, avec mes neveux et nièces et ce besoin de transmission, mais de l’autre côté, il y a ce côté très scientifique.

La science me dit ça : Si je pousse le bouchon un peu plus loin, qu’est-ce que ça fait ?

C’est finalement pour ça, j’imagine, que tu t’es orientée vers la science-fiction ?

Ça me vient plus naturellement. Pour autant, je suis en train d’écrire du fantastique, et je pense qu’un jour j’écrirai de la fantasy, parce que tout s’inspire de tout.

Mais oui, la science-fiction, ça tombe naturellement… Il suffit que je lise un truc. Ce matin, j’étais en conférence, on parlait — dédicaces à Mathieu —, de kleptoplastie, je crois, quelque chose comme ça. Des phytoplanctons qui sont capables d’aller piquer les chloroplastes des autres phytoplanctons. Dingue ! 

Bon, tout de suite, j’ai envie d’écrire un truc là-dessus.

Ça réveille forcément ce petit côté scientifique et cette envie d’écrire des histoires !

J’aimerais revenir sur ce que tu disais, sur ce côté séparation entre le littéraire et le scientifique, auquel je me suis moi-même confronté : je suis vraiment tombé dans la lecture il y a quelques années, et j’essaie de faire le lien entre les deux 😉 

Et donc toi aussi, ce qui t’a aidé à franchir ce pas, ce sont tes lectures et tes rencontres ?

J’ai toujours lu gamine, et je lisais beaucoup plus que j’avais d’amis, d’ailleurs. L’un entraînant peut-être l’autre. Et c’est en arrivant à Rennes, il y a une dizaine d’années, où là, je suis tombée sur Lasser, détective des Dieux, de Philippe Ward et Sylvie Miller,  aux éditions Critic, que j’ai adoré.

Je vois que l’éditeur est à Rennes, donc j’entre dans la librairie, et voilà, ma vie a changé [rires], parce que  j’ai rencontré de vraies personnes. 

Je suis issue d’un milieu modeste, donc pour moi, c’était la bibliothèque immense, dans laquelle j’étais hyper autonome. Je n’avais jamais vraiment rencontré d’humain lié à la lecture. D’autant plus, qu’à l’époque, quand j’essayais par exemple de trouver des ateliers d’écriture, des choses où je pouvais cultiver l’écriture, il n’y avait vraiment rien.

Les portes se sont vraiment ouvertes le jour où j’ai rencontré des gens, où j’ai su qu’il y avait des festivals, j’ai su que ça s’appelait l’imaginaire, la science-fiction, c’est la rencontre, et le vivre ensemble, c’est pour ça que c’est une thématique que j’adore, parce que ça nous fait grandir, en tout cas, moi, ça me fait grandir.

Je te rejoins complètement sur ces sujets [ndlr: coucou les mordu.e.s], c’est passionnant. Est-ce que tu penses que c’est peut-être plus facile maintenant que celle que c’était à l’époque ?

Il m’arrive de croiser des jeunes auteurs et autrices, jeunes à la fois dans l’expérience, et dans l’âge. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il existe plein de podcasts, je peux moi-même les rediriger en disant tiens, il y a ça, ça, ça, selon ce que tu cherches, selon tes nouveautés, selon tes finances…

Internet a quand même bouleversé les choses, et on peut trouver du lien, et c’est plus simple de ne pas être tout seul.

Ça m’inspire une réflexion… J’étais à l’Observatoire de l’Imaginaire ce matin, et on voit qu’effectivement, le young adult est en progression… Est-ce que ce n’est pas aussi une chance aussi pour nos jeunes de s’ouvrir à tout ça, et de casser les limites qu’on nous fixait peut-être à l’époque ?

Et puis, je crois que ça existe encore, les forums. Ça me fait toujours l’air un peu vieille en disant ça, mais au début d’Internet, je me souviens, il y avait les premiers forums, on écrivait les fanfictions. Ma toute première fanfiction, je la partageais juste avec mon ami, c’était quasiment écrit à la main, maintenant, c’est vrai qu’il n’y a même pas besoin d’être édité pour trouver un lectorat, et c’est ça qui est hyper chouette.

Tu utilises encore ce genre d’outils ? peut-être plus maintenant ?

Non, c’est vrai, mais je n’ai jamais vraiment été sur les forums. Je l’ai fait moi, de mon côté, et à un moment, j’ai vu qu’il y avait des forums, et j’ai lu une ou deux choses, et après, je suis partie à l’école en prépa ! [rire]

Et là, j’avoue qu’il y a eu une partie de ma vie qui était quand même très science.

[rire] Parfois, voilà, on est quand même obligé de choisir, malheureusement ! 

Je voudrais revenir un peu sur Station Symbiose. Tu nous as dit tout à l’heure que l’idée de base de Hope, c’était l’impossibilité de voyager plus vite que la lumière.

Et quelle était l’idée de base qui a déclenché l’idée de Station Symbiose ?

Je vais pouvoir rendre les lauriers à César ! J’ai fait un super atelier d’écriture avec Lionel Davoust , à l’école “Les Mots”, qui nous proposait des starters, et moi qui parfois n’entends pas toujours très bien, je comprends, un starter que j’ai kiffé : “je dealais du thé quand tu n’étais qu’un œuf”. Et là, à ce moment-là, il y a tout un univers qui a surgi.

Je l’ai travaillé avec l’atelier de Lionel, j’ai rempilé sur un autre atelier, j’ai continué à le travailler…  Avant de passer sur Hope et Neige, et d’autres choses.

Il y a deux, trois ans, je soumets un texte à Éric de Critic.  Qu’il me refuse, pour telle et telle raison. Mais comme il avait apprécié mon écriture, il m’a invité à proposer quelque chose dans leur nouvelle collection jeunesse.

C’est à ce moment-là que cet univers m’est revenu, et que j’ai eu envie d’aller l’explorer. Et comme j’ai également eu un déclic personnel, un besoin d’écrire sur le personnage de Myrina, les deux ont fait des étincelles.

Un super roman jeunesse, en tout cas ! Et ce besoin se ressent dans l’histoire et ton écriture…

Tu y as imaginé tout un panel d’extraterrestres, qui ne sont pas tout bêtement anthropomorphes. Comment tu t’y es pris pour réaliser ce “bestiaire” fort sympathique et fort varié ?

Comme j’étais quand même plutôt du côté biologie et de la science, j’avais déjà une base de données d’inspiration forte, et puis c’est vrai que ça, ça m’a toujours marqué, l’anthropocentrisme. 

Ce matin en conférence, je parlais de notre perception des échelles alimentaires, On a l’impression que l’humain est au sommet d’une grande échelle, parce qu’on est les prédateurs.  Ces choses que l’on apprend à l’école. Mais en fait, la nature, ce n’est pas que ça !

On oublie que le prédateur, il meurt, qu’il va nourrir un sol qui va nourrir des bactéries qui vont permettre que tout recommence et que c’est un cycle, ce n’est pas juste une échelle. Et j’avais très à cœur de montrer ça et de sortir de cette perception simpliste.

C’est vrai que quand je lis ou je vois des aliens au cinéma, pour les contraintes qu’on connaît, notamment les vieux films — j’ai fait toute la série des Babylon 5, génial — c’est vrai que les aliens, on voit bien que ce sont des humains déguisés. 

Deux yeux, une bouche, un nez… alors oui, il faut des organes, du moment qu’on est un être mobile, il faut des organes pour sentir son monde, pour se positionner… Mais il existe dix mille fois plus d’organes ! Il suffit de regarder les animaux : il y a de la thermosensibilité, il y a de la magnéto sensibilité, la communication par ondes dans l’eau, par voie électrique, des milliards de choses !

Donc ça parait dommage de se limiter. D’ailleurs pour moi, l’humain, c’est assez limité, ce qui nous caractérise, c’est notre comportement social, et encore, il y a des animaux qui ont plus de comportements sociaux que nous, c’est surtout qu’on est généraliste, on est un petit peu bon partout et on s’en sort comme ça.

Là encore, c’est venu à peu près tout seul, la nature est une énorme source d’inspiration !

Je ne me suis rendu compte qu’après que ça plaît beaucoup et que c’est peut-être un peu atypique, que ça change. En tout cas, moi, j’avais envie de changer et de ne pas dire pas que des aliens, ne serait-ce que la parole.

 La parole, c’est hyper humain, c’est hyper animal, certaines plantes peuvent percevoir des sons, des vibrations, c’est complètement autre chose. Il y a des milliards de choses vivantes sur Terre qui communiquent sans son.

Et question peut être un peu difficile… Parmi ces espèces que tu as décrites, est ce que tu as une préférée ? 

Je pense que ma préférée, c’est mon protagoniste, ce sont les Peri’ot, et donc Pyr’hus. 

C’est un alien que j’ai réduit au minimum : C’est  juste une boule. Il n’a pas de moyens de locomotion, ils n’a pas d’organes sensitifs, et pas de moyens de communiquer.

En fait, il n’a même aucun échange. Là, je suis dans quelque chose que, d’ailleurs, moi-même, je n’explique pas trop : C’est peut-être même posséder des atomes, on ne sait pas trop. il a juste l’air d’être un objet inerte, mais, à l’intérieur, il est réellement vivant, a une conscience… et il est télépathe.

C’est un gros trope de la SF, mais  j’avais envie de le faire adopter un mode de fonctionnement où il exploite les autres.

Comment ça fonctionne, jusqu’à où ça va, et c’est quoi ce superpouvoir, quelles en sont les limites… Et elles sont fortes ! S’il n’a personne autour, il est automatiquement en stase, il ne peut pas bouger, il ne peut rien faire, tout seul, il est hyper dépendant, il a un pouvoir fantastique, et en même temps, il est complètement dépendant de tout ce qui se passe autour de lui.

Du parasitisme, mais qui tend progressivement vers la symbiose, donc ?

La relation entre Myrina et Pyr’hus est, au départ, est une relation de parasitisme, d’exploitation. 

Comme sur terre, quand on pense au parasitisme,  on risque d’entendre le «  la destruction de l’hôte ». Mais non, le parasite n’a aucun intérêt, il prend soin de son hôte.

Tous les virus vont évoluer vers ne pas être mortels, parce que quand ils sont mortels, ils perdent aussi.  On l’a vu avec le covid, qui a quand même vite baissé d’intensité. 

Mais Pyr’hus est tout de même dans cette relation-là de « moi, j’exploite autre et je ne me soucie pas trop, en dehors de ses besoins primaires, en fait, je prends sa conscience quand je le possède, il ne sait plus ce qu’il fait, plus rien, je l’utilise ».

Et justement, tout le livre est construit sur cette relation qui se tisse. Qu’est-ce que la symbiose, c’est quoi être ensemble et quelles sont les limites et nos besoins, parce que Myrina aussi, elle a besoin de quelqu’un, en fait. 

Et donc, c’est aller vers l’équilibre et c’est là où il y a la symbiose, c’est quand c’est doublement bénéfique. Quand la balance est stable.

Donc on voit que le titre est en lien direct avec ce que tu traites dans le roman. J’avoue que je viens tout pile de faire le lien, c’est assez rigolo [rire gêné] 

La Station Symbiose, est une petite partie de l’univers. Et il y a des choses que je n’ai pas forcément développées dans le livre sur la construction de cet univers (on verra peut être pour les prochains !). Et puis, il y a aussi des choses que j’ai moins accentuées et il y a des messages qui sont comme je disais, en troisième ou quatrième lecture, il faut l’analyser pour y réfléchir.

Mais je suis sûre qu’il y a quelque part dans le subconscient, ça travaille.

En tout cas, c’est vraiment un roman riche. Je vous encourage en tout cas, mais je suis passé un super moment avec Station Symbiose. Peut-être des suites, alors ?

Oui, j’adore cet univers-là. Et Station Symbiose, en plus, ce n’est pas l’histoire originelle. J’en ai écrit une parce que j’avais ce besoin-là, à ce moment-là.

Mais du coup, on y retournera. Je ne vous donne juste pas de délai. Il faut le temps d’y retourner ! [rire]

On sera au rendez vous !

J’ai encore envie d’y aller. C’est vrai que les retours, qu’ils soient des jeunes comme des plus adultes, qui sont très bons. En plus, tout le monde a envie d’y retourner, c’est hyper motivant !

Et d’autres projets dans les cartons, sinon ?

Il y en a un, dont j’ai l’autorisation de parler. Je suis allée en Égypte. Là aussi, j’ai travaillé la rencontre de l’autre, d’une culture différente. Je reviens au niveau plus humain. J’ai rencontré Yasser, qui est un auteur de science-fiction égyptien, traduit chez Hikaya, en France [NLDR: Lune Noire, de Yasser Abu-El-Hassab, recommandé également par David Bry !]. Et du coup, Hikaya va lancer une collection de dialogues entre les cultures.

Je travaille à quelque chose avec Yasser.

Et c’est encore quelque chose qu’on a très hâte de découvrir !

Merci pour cette interview et toutes ces réponses, Noémie !

J’aime bien, souvent, terminer mes interviews par une question un peu bébête.

Ici, j’ai une question de mon amie Gaëlle Kthulhu. “Qui est ton plus grand fan ? Si elle te répond Hervé, je boude.”… Oups,  j’aurais peut etre pas dû lire la fin… ha, j’ai peut être un peu craqué, là, désolé… [rire gêné]

[rires] J’ai un club de fans. Puisque nous avons une langue, qui fait la distinction entre le masculin et le féminin, Du coup, j’ai un fan numéro 1 et j’ai une fan numéro 1.

Ah oui alors si la question c’est ton plus grand fan, on ne sait pas si c’est masculin ou féminin. 

Mais bon, moi je dis, arrêtons de classer les gens !

Ah oui c’est bien ça ! Faisons ça. Tant pis pour Gaëlle. Elle devrait se contenter de cette réponse.

Merci beaucoup encore une fois Noemi. Pour ce moment super. Encore une fois, on a hâte de découvrir la suite de tes aventures.
Merci beaucoup.

Merci à toi !

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