Les Sœurs Démentes D’Esi – Tashan Mehta

Salut tout le monde !

Lors de la traditionnelle soirée de fin d’année de l’Atalante (où l’on parle livres, figurez-vous, mais aussi où on se goinfre de petits fours et de pâtisseries scandaleuses, ami.e nantais.e toi-même tu sais1), nous avons eu la chance d’avoir un fabuleux teasing sur ce roman qu’est « Les Sœurs Démentes d’Esi », de l’autrice indienne Tashan Mehta ; Mathilde Montier, sa traductrice, ne tarissant pas d’éloges.

Forcément, j’ai craqué dès sa sortie2. Avant de le laisser un peu en PAL, un peu effrayé par des retours de type « olala c’est perché ». À l’approche d’une rencontre avec l’autrice prévue ces prochains jours3, je dépassai mes doutes et démarrai ma lecture. Que j’ai beaucoup appréciée !

📖 Résumé officiel

« Connaissez-vous la forme que prend la folie ?

Deux sœurs, Myung et Laleh, sont les gardiennes de la baleine-univers de babel. Elles explorent ses chambres cosmiques, se racontent des histoires et louent la Grande Wisa – leur créatrice. Pour Laleh, leur mission est toute sa vie. Pour Myung, ce n’est pas assez.
Laleh s’épanouit au rythme du chant insouciant de la baleine quand sa sœur n’entend que le silence. Des questions existentielles la tourmentent : y a-t-il d’autres gens, quelque part ? Qui est la Grande Wisa, et pourquoi les a-t-elle créées ? Alors Myung quitte la baleine de babel pour naviguer sur la « mer noire » et explorer ses « îles » aux formes changeantes. Leur séparation va changer le monde.

« Il arrive parfois que survienne une fantasy si saisissante, si bouleversante qu’elle transforme en bien votre vision du monde. Roman d’une originalité absolue, merveilleusement immersif et profondément engageant, Les Sœurs démentes d’Esi est un futur classique, un livre comme je n’en ai pas lu d’aussi bon depuis des années. » Helen Marshall« 

😍 Mon avis

🧩 Chapitres très courts et sensoriels, extraits d’encyclopédie à la nomenclature étrange et autres extraits de carnets à la provenance nébuleuse, Tashan Mehta prend le parti de nous immerger directement dans son univers, via cette structure inhabituelle, comme on s’élancerait dans une piscine un peu trop accueillante4. C’est donc d’abord une sensation d’être dans un puzzle où tout ne s’emboîte pas parfaitement.

🐋 Et lorsqu’elle nous conte l’histoire de ses deux sœurs, Myung et Laleh, seules au milieu d’une gigantesque baleine cosmique séparée en chambres dont chacune est un monde, dans lequel des portes semblent apparaître aléatoirement5, on se demande. Et quand l’une des sœurs s’échappe en abandonnant sa sœur bien-aimée, afin de satisfaire son besoin de compréhension, on se demande encore. Et quand elle rencontre une île vivante peuplée d’humains et de spectres au détour d’un voyage en bateau (?) voguant sur une gigantesque mer noire, on se demande toujours.

🏝️ Et puis, petit à petit, on commence à aligner les pièces… Avant que l’autrice nous emporte dans une partie du récit encore différente, à la narration plus classique, à l’univers plus « palpable », pour enfin comprendre, et adopter cette folie dont on perçoit la forme et l’implication. Fascinant !

🖼️ Ce cadre mouvant et parfois déstabilisant est un écrin parfait pour nous faire sentir et ressentir, pour vivre les douleurs, les doutes et les joies de nos protagonistes. Le tout étant parfaitement servi par une plume fort poétique (… tiens, c’est marrant, je retrouve toujours ça dans les traductions de Mathilde Montier ? Coïncidence ? Je ne crois pas6).

🪁 Côté thématiques, « Les Sœurs Démentes d’Esi » nous parlent de folie, d’imagination, de famille et de besoin d’appartenance, mais aussi du besoin de comprendre qui nous sommes7. Et de ces douleurs inextinguibles de la séparation des êtres qui nous sont chers, parfois en pleine contradiction avec nos besoins profonds d’être et de devenir nous-mêmes.

😍 Un roman original, donc, parfois déstabilisant, toujours beau et touchant. Un rêve éveillé, en quelque sorte, qui persiste dans nos p’tites têtes tel un soleil trop lumineux sur nos fragiles rétines8.

🗒️ Notes de bas de page

  1. Si vous venez à Nantes, parlez-en à Matthieu ou à Naomi, à la librairie. Ils sauront vous indiquer où et comment déguster ces merveilles (indice : c’est en face) ↩︎
  2. Je suis faible. Je ne suis qu’une petite chose prompte à dépenser tout son argent dans quelques masses de papiers souvent bien trop brillantes. ↩︎
  3. Ou y’aura peut-être moyen d’acquérir quelque scandaleuse pâtisserie… ↩︎
  4. Attention, pas directement après le déjeuner. Et on se détrempe la nuque, d’abord. Rappelez-moi, c’est quand l’été ? ↩︎
  5. L’architecte était probablement passablement éméché.e. ↩︎
  6. Nous sachons. ↩︎
  7. Rien. Absolument rien. Nous ne sommes rien. Vive le nihilisme. ↩︎
  8. Mettez des lunettes solaires sérieuses, bande d’inconscient.e.s. Et rappelez-moi, c’est quand l’été ? ↩︎

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