Mon prix Utopiales 2026 à moi

Cela fait trois ans maintenant que j’ai la surprise (… ou disons plutôt que je force un peu le destin) d’avoir lu, ou d’avoir en PAL, une grande partie de la sélection des Utopiales 2026. Cette année encore, j’ai été très heureux d’y retrouver « Bordure » de Lucie Mosca, « Gogmagog » de Jeff Noon et Steve Beard, et « Heureux Comme Jamais » de Guillaume Chamanadjian, trois bouquins que j’avais fortement appréciés.

Il me restait à découvrir « Les Dieux Lents » de Claire North, et le tout récemment publié « Spectres » de Thomas Gunzig.

C’est désormais chose faite: je peux donc m’atteler à cet exercice désormais traditionnel de : mon prix Utopiales 2026 à moi.

⚠️ Attention:

Tout ce que je vais vous raconter n'engage évidemment que moi, et uniquement moi :) Je n'ai aucun lien avec le jury, et que si un jour je devais y participer1, bien évidemment, ce post n'existerait pas :) (enfin, peut-être après coup ?).

🚀 Les Dieux Lents, de Claire North (Éditions Le Bélial’)

Claire North est revenue cette année au Bélial avec un nouveau genre qu’elle n’avait pas encore exploré : le space opera. Conquis que je suis par ses œuvres comme « La Maison des Jeux » et « Le Chant des Déesses« , un peu moins par « Sweet Harmony » ou « Les Quinze Premières Vies d’Harry August », autant vous dire que j’étais curieux de découvrir cette lecture. Sans compter qu’au-delà de l’autrice, j’apprécie énormément la personne, avec qui j’ai déjà eu la chance d’échanger quelques mots2.

Hélas, je crois bien être un peu passé à côté : « Les Dieux Lents » n’est assurément pas un mauvais bouquin : j’ai aimé l’univers, les enjeux, le discours et le dénouement ; mais, à aucun moment je ne me suis vraiment senti impliqué dans l’histoire : d’autant que j’avais le sentiment que mon personnage principal n’y avait pas plus le contrôle que moi, tout occupé qu’il est à dire oui à tout, tout le temps.

Pourtant, j’y trouve bien des ingrédients que j’apprécie par ailleurs dans le space opera : des technologies intéressantes et questionnantes, un aspect linguistique bien présent3, une immensité digne d’un Alastair Reynolds (ma référence spaceOp’), et des entités mystérieuses…

Vous l’aurez compris, pour ma part, « Les Dieux Lents » de Claire North occupent bien la queue du classement.

💰 Heureux Comme Jamais, de Guillaume Chamanadjian (Éditions Aux Forges de Vulcain)

Co-Auteur de la double trilogie de « la Tour de Garde » que l’on ne présente plus, j’avais particulièrement hâte de découvrir ce nouveau bouquin de Guillaume4, acquis lors de ma visite à Ouest Hurlant en ce printemps 2026.

S’aventurant, comme Claire North, dans un registre nouveau pour lui – ce que je salue toujours: c’est courageux que de sortir de la zone où l’on vous attend –, j’avais hâte de découvrir ce livre, d’autant que le pitch me faisait sourire, et, j’avoue, un peu plaisir : nous nous sommes enfin débarrassés des riches, non en les taxant comme qui de droit5, mais en les laissant s’échapper dans l’espace, dans un vaisseau destiné à coloniser une planète probablement pas assez lointaine. Évidemment, cela ne se passe pas comme prévu… Pour notre grand plaisir.

Roman intelligent et humoristique, évidemment politique, « Heureux Comme Jamais » est une petite réjouissance dans ce monde devenu bien triste. On sourit souvent, on rit parfois, tant la caricature sonne juste, tant on y voit nettement les dérives de notre monde centré sur l’économie plus que sur l’humain6.

D’autant que le point de vue ici choisi est résolument punk: celui d’une petite main, corvéable à merci, bien sûr mal considérée, qui va découvrir les affres de ces millionnaires perdus dans l’Espace, prêt.e.s à tout pour conserver leurs privilèges malgré leurs lubies autodestructrices et leur stupidité aveugle.

Un excellent livre, divertissant, drôle, léger, qui, même s’il n’arrive pas à la cheville de l’œuvre qu’est « Capitale du Sud« 7, se révèle prometteur pour les futurs écrits de l’auteur 😉

Où donc le mets-je dans mon classement ? Ne soyez pas si pressé.e.s…

🐙 Bordure, de Lucie Mosca (Éditions l’Atalante)

Ahhh, « Bordure » de Lucie Mosca… Vous pouvez trouver sur mon blog (et mes réseaux) un avis détaillé sur ce livre, écrit par une autrice qui fait son apparition à l’Atalante8, à cette occasion.

Présenté par son éditrice (en la personne d’Eva Sinanian9) lors de la soirée de Noël l’Atalante 2025, j’avais vraiment hâte de découvrir ce roman, qui, de ce que je comprenais alors, allait voir une protagoniste énervée se venger des puissants qui l’ont détruite. Une histoire un peu à la manière d’un certain John Scalzi ?

Eh bien pas du tout: « Bordure » prend le parti de l’intime, de l’humain, de nos faiblesses et du déni de notre état parfois calamiteux : si l’on peut mal le résumer, ce serait plutôt un « Rambo 1 dans l’Espace ». Avec tout le respect que je porte à cette œuvre ! (si vous ne l’avez jamais vue, foncez, c’est un bon film à des milliards de kilomètres de l’image que l’on peut se faire d’un Stallone et des actionners qui lui auront succédé).

Un roman étonnant10, détonnant, émouvant parfois, qui marque et qui reste en tête, alors même que je l’ai lu voici quelques mois déjà : c’est donc une sélection qui fait énormément plaisir, d’autant que là encore, l’autrice est une belle personne avec qui il est formidable d’échanger: Lucie, on t’aime ! Vive les poulpes.

👻 Spectres, de Thomas Gunzig (Éditions Au Diable Vauvert)

« Spectres », de Thomas Gunzig, est le dernier roman de cette sélection que j’ai eu entre les mains. Je n’en savais que très peu, alors: par Stéphanie, qui l’a lu avant moi, mais également par quelques mots de mon libraire. Volontairement, je n’avais pas trop demandé de détails, j’avais envie de le découvrir sans rien en savoir. Même pas un quatrième de couverture, qui en dit pourtant assez peu, pour une fois11 !

Je vais donc tenter à mon tour d’en dire assez peu… Sachez cependant que « Spectres » , c’est de la SF, de la vraie ! Thomas Gunzig a manifestement travaillé ses sujets, et cela se sent : tout y est crédible, que ce soit dans les aspects physiques (théorie de la gravité quantique à boucle, de la relativité, de l’information) que dans les aspects « humains » (cognition, créativité… avec notamment un chapitre très émouvant sur l’enfance d’une des personnages, et sur l’avènement de « l’âge des pourquoi »).

Ne paniquez pas pour autant, tout est incroyablement bien amené (même les équations ! Oui, y en a une !). D’autant que la science est ici une trame de fond qui permet de traiter de manière originale un des plus grands mystères de l’humanité, en même temps extrèment belle et terrifiante.

Rajoutez à cela un discours passionnant sur ce que nous faisons à notre environnement, et au risque non pour la planète mais pour nous, tout occupés que nous sommes à nous laisser nous autodétruire, par le biais d’un capitalisme malade totalement en roue libre12.

Ça résonne un peu avec notre époque, non ?

🐉 Gogmagog, de Steve Beard et Jeff Noon (Éditions La Volte)

« Gogmagog » n’aurait jamais rejoint ma PAL sans l’intervention du meilleur libraire de l’univers (si si), qui me l’a littéralement mis dans les mains. C’était ma première « rencontre » avec ces deux auteurs britanniques, qui, pourtant, semblent être tous deux des monuments.

Encore une fois, mon libraire ne s’est pas trompé : si « Gogmagog » est parfois complexe à suivre par son univers original, mi-SF, mi-Fantasy et re-mi-Fantastique derrière, flirtant parfois avec l’onirique13, il propose une personnage principale extrêmement attachante, bien qu’assez antipathique de prime abord : elle picole, elle pue, elle crache partout… Pourtant, elle nous conquiert, dès les premières pages de cette aventure étrange, dans cet univers cradoque et passablement ruiné.

Ce qui m’a le plus marqué, lors de ma lecture, c’est mon incapacité manifeste à m’arrêter. Chaque page appelle la suivante, chaque chapitre nous happe pour nous emporter vers le prochain. Un coup de force des deux auteurs, qui, visiblement, maitrisent parfaitement leur narration et leur construction d’une histoire.

Autant vous dire que j’ai hâte de voir sortir sa suite aux éditions La Volte (déconnez pas, les gens), et que j’irai leur toucher deux mots de cette petite merveille, la prochaine fois que je les croise…

🏆 Alors, qu’est-ce que ça donne ?

Pfiou… voici la partie que je redoute le plus.

Pourquoi ? Parce que je n’aime pas classer. Je n’aime pas choisir, non pas l’œuvre qui remportera un prix, mais celles qui ne le remporteront pas. C’est le jeu (c’est un jeu, même ?), et ne pas me plier à l’exercice serait quelque peu malhonnête de ma part ^^ (c’est ce que je vous vends depuis le début !)

  • En cinq :

Vous le savez déjà, je suis passé à côté des « Les Dieux Lents » de Claire North. Et, ça m’embête, parce que j’aime beaucoup l’autrice, et parce que j’apprécie le travail du Bélial’. Éditeur qui fête ses trente ans cette année. C’eût été un beau cadeau !

  • En quatre :

C’est à partir de ce numéro que je commence à pleurer : parce que merde, il est bien ce court roman de Guillaume Chamanadjian ! Mais, voilà, j’ai encore trois autres merveilles à caser…

  • En Trois:

C’est « Gogmagog », de Jeff Noon et Steve Beard, que je place à cet endroit. J’ai vraiment aimé cette œuvre : le fait de n’avoir pas pu en décrocher sans difficulté en est la preuve !

  • En Deux

Je vous jure, je vais en chialer. Parce qu’elle m’emmerde, cette deuxième place. Pendant des mois, j’étais persuadé que c’était forcément une première place. Pendant des plombes, j’ai rêvé de voir l’autrice, la féliciter, entendre son discours un samedi soir à la Cité des congrès. Enfin, comme c’est pas moi qui choisis, ce n’est peut-être pas perdu ?

C’est donc « Bordure », de Lucie Mosca, que je mets à cet endroit. Attendez, je reviens, je vais chercher un mouchoir.

  • ET MON PRIX UTOPIALES 2026 À MOI EST ATTRIBUE A

Non mais, vous le savez déjà, suivez un peu. C’est donc « Spectres », de Thomas Gunzig, qui remporte la première place de mon classement.

Parce qu’elle est belle, cette SF. Parce qu’il est énorme, tout ce travail. Que voir un mix parfait entre la science, la fiction, et la spiritualité, p$t@_n ça fait du bien ! Là encore je n’ai pas pu lâcher ce livre, qui m’aura quand même bien flingué tout un samedi aprem 😉

Que j’aie raison ou pas, j’espère sincèrement pouvoir rencontrer Thomas Gunzig, et échanger avec lui sur tout le travail qu’il a dû faire pour arriver à cette œuvre singulière et si marquante, qui résonne terriblement avec notre actualité. Qui nous ouvre, sinon un espoir, au moins un échappatoire vers autre chose, vers quelque chose qui nous dépasse et nous transcende.

Chapeau l’artiste !

🤔 Pourquoi je pourrais bien me tromper ?

Parce que ça n’est que mon avis ! Parce que je suis passé à côté de « Les Dieux Lents », et que peut-être, ce sera un chef-d’œuvre pour le jury ? Parce que j’ai des biais, également : j’ai essayé de lutter contre eux (j’ai longtemps souhaité que « Bordure » obtienne le prix). D’ailleurs, peut-être que ce sera le choix du jury, ce qui serait au moins tout autant mérité ? Puis, qui sait, le jury pourrait exceptionnellement proposer un ex aequo ?

Bref, le suspens reste entier, et j’ai hâte de découvrir le véritable palmarès, qui me rendra heureux pour l’auteurice quel.le qu’iel soit, le 8 octobre prochain14. 🙂

🗒️ Notes de bas de page

  1. Faudrait-il encore que je n’oublie pas d’envoyer ma candidature… ↩︎
  2. Enfin, d’essayer, seulement. Parce qu’en vrai ça devait ressembler à un chat qui se coince un truc dans une porte. ↩︎
  3. Et qui fait rouspéter quelques puristes un peu relou, et ça, ça n’a pas de prix. ↩︎
  4. Genre je l’appelle par son prénom. Genre. ↩︎
  5. Et non « comme qui de droite ». ↩︎
  6. Vous ai-je déjà parlé de ma réponse à la théorie du ruissellement ? l’évaporation ? Si oui, il est temps que ça condense, nom d’un p’tit Poutou. ↩︎
  7. Le côté bonne bouffe et fin gourmet de Nox m’a un peu manqué ! ↩︎
  8. Notons qu’elle avait aussi fait des apparitions ailleurs, avant. Enfin, pour l’avoir rencontrée, je crois qu’elle est réelle. ↩︎
  9. Et dont c’est, je crois, le premier travail éditorial sur lequel elle a bossé avec l’Atalante ? ↩︎
  10. Par certains aspects tentaculaires, notamment. ↩︎
  11. Dédicace à mes collègues qui ont l’habitude de regarder les bouquins que je laisse trainer sur mon bureau, et qui, ici, se sont systématiquement fait engueuler en mode « tu me lis le 4C jte jure jte tape » ↩︎
  12. Je vais invoquer Poutou une seconde fois si ça continue. ↩︎
  13. Je salue Tepthida, même si ça n’a rien à voir avec la steam-choucroute ↩︎
  14. Date de la conf de presse, où je ferai peut-être pas la même boulette: avertir l’auteurice avant que son éditeur le fasse, comme l’an dernier. ↩︎

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