Appleseed – Matt Bell

Bonjour à toustes,

Paru début 2024, Appleseed de Matt Bell est un bouquin qui m’a été chaudement recommandé par mon libraire. Encore. Encore et encore. Pourtant, je le sais, qu’il ne se plante jamais1. Mais je crois que je n’étais pas prêt. Et quand enfin il a rejoint ma PAL, il y est resté encore quelques mois.

Trop longtemps peut-être ? … Mmmh, oui, définitivement ! Mais pas définitivement, parce que j’ai fini par l’en sortir. Suivez un peu, faites des efforts, je sais que janvier a été compliqué pour tout le monde2, mais quand même.

📖 Résumé officiel

« Le monde avant les sécheresses incessantes, avant les incendies sans fin, avant les nouvelles infections résistantes aux antibiotiques, avant la montée des mers acides, les tornades et les ouragans. Avant que les sols ne meurent et ne s’assèchent, avant que les masques ne soient nécessaires dans les rues des villes, avant que les extinctions massives n’entraînent l’anéantissement du monde naturel.

C’est le monde qui a été volé. Ce qui suit est l’histoire de la façon dont il a été perdu, de qui nous a coûté quoi, de ce que les coupables ont l’intention de faire avec ce qui reste.« 

😍 Mon avis

🐐 Présenté un peu partout comme un roman assez singulier3, Appleseed l’est incontestablement. D’abord par ses trois arcs narratifs bien distincts : Celui d’un passé révolu où les États-Unis d’Amérique semblent être un territoire vide4, à conquérir, dans lequel Chapman, un faune (mi-homme mi-chèvre) et son frère Nataniel se donnent comme mission de planter des vergers entiers de pommiers au gré de leurs pérégrinations.

💣 Celui de John, entré en résistance contre une multinationale qu’il a pourtant aidée jadis. Son but : détruire. Détruire les installations de cette compagnie devenue folle, et reprendre le pouvoir total qu’on a bien voulu lui donner, piégés par l’exigence de la survie5.

❄️ Et enfin celui de C-432, lui aussi disposant de traits singuliers étranges, dont la mission est de récolter de la biomasse dans un monde glaciaire, se tuant littéralement à la tâche pour être régénéré en C-433, être au corps dégradé au fil de chacune de ses itérations.

🤯 Deux arcs résolument science-fictionnels, un autre tirant sur le fantastique et la fantasy. De qui déjà perdre un peu les chantres d’un classement en sous-genres bien définis6 !

😶 Plus que ce jeu entre les genres littéraires, c’est d’abord ce ton assez détaché, cette narration omnipotente, ce style assez froid et peu enclin à nous faire ressentir : Je ne sais pas si c’est un parti pris ou un état de fait: J’avoue avoir été quelque peu désarçonné. Mais il fallait que je tienne: mon libraire ne se plante jamais7.

🤔 J’ai également été surpris parfois par les choix de certains personnages, notamment dans ce dénouement étonnant, et n’ai pas toujours compris leurs motivations profondes : Qu’à cela ne tienne, car les thèmes abordés et l’histoire finalement assez originale m’auront définitivement accroché après quelques chapitres.

🚗 On y parlera de changement climatique, évidemment, avec les catastrophes qui s’enchainent, mais aussi et surtout du rapport à la nature, que ce soit avec elle (notamment à travers les yeux de Chapman8) ou contre elle, à travers le regard de cette multinationale qui nous rappellera quelque peu certains mégalomanes aux penchants plus que douteux.

💰 Multinationale ancrée dans un capitalisme éhonté ayant délibérément supplanté la notion d’État, Earthtrust figure ici un antagoniste passionnant, nous permettant de questionner ce modèle à la dérive, mais également de nous poser des questions profondes comme : que sommes-nous prêts à abandonner quand il est question de survie ? Qu’accepterions-nous de faire pour la simple promesse d’un monde meilleur ? Et jusqu’où pouvons-nous être poussé.e.s avant que la révolte gronde puis finisse par éclater ?

🤖 Dans ses arcs science-fictionnels, Appleseed s’attaque également au concept de technosolutionnisme9 : Ne changeons rien à nos habitudes, les sciences et techniques trouveront des solutions. En poussant l’expérience de pensée à son paroxysme, Matt Bell montre les limites de la démarche : Par cette course en avant, ne retardons-nous pas juste un peu notre perte inéluctable ? Que sont la science et la technique sans le questionnement profond de nos modes de vie10 ?

🌿 Et c’est par le troisième arc narratif que viendra potentiellement l’alternative : Celle d’un Chapman toujours enclin à construire pour le futur, en respectant, quitte à se fondre dans son environnement. Tout ne sera pas rose pour lui pour autant, tant il sera contraint à masquer sa véritable nature. Par le truchement d’éléments fantastiques et extraordinaires, Chapman se verra confronté au passé et à ses errements, et à devoir en porter le fardeau même s’il n’en est pas le responsable. Une évocation de ce qui nous attend dans les décennies à venir11 ?

🌎 Matt Bell ne sombre pas non plus dans la déprime la plus totale : grâce à l’espoir d’autre chose, avec ou sans l’humanité. Car ne nous trompons pas de combat : Si nous devons lutter contre les dérèglements climatiques et les systèmes à la dérive qui font notre monde, c’est pour nous sauver nous-mêmes et notre biodiversité, plus que pour sauver notre planète. Elle s’en sortira sûrement très bien.

😍 Un roman passionnant, donc, même s’il n’est pas des plus joyeux. Mais un parfait guide de ce qu’il ne faut pas faire, et donc par inversion, des limites que nous devons tous.tes poser en tant que citoyen.ne.s12 ?

Lu dans le cadre du défi lecture des Mordu.e.s 2026, pour la catégorie #R3D4: Là, de la bouffe ! Quelque chose qui se mange sur la couverture ou des personnages qui mangent dans le récit. Beh ouais y’a des pommes.

Notes de bas de page

  1. En même temps il a un certain pouvoir : si je dis que j’aime pas publiquement, il va plus vouloir que j’entre dans la librairie ^^ ↩︎
  2. Et pour tout le Monde, mais bref, hein, j’vais pas commencer. ↩︎
  3. C’est donc un roman singulier au pluriel ? ↩︎
  4. Notez que si la nature a horreur du vide, elle le remplit souvent avec n’importe quoi. ↩︎
  5. Le pire, c’est qu’on a même pas besoin d’une telle exigence pour donner le pouvoir à n’importe quel.le imbécile. ↩︎
  6. Ahahaha. Et j’aime bien les faire chier ces personnes-là, je sais, c’est mal. 😈 ↩︎
  7. cf. note numéro 1. ↩︎
  8. Notez que Chapman semble voir devant lui, et pas tant sur les côtés. Ça donne une idée du mi-dans quel sens c’est foutu, cette histoire. ↩︎
  9. Et c’est même pas du Damasio. ↩︎
  10. J’sais pas vous, mais des fois, j’ai la raie torique. ↩︎
  11. Ah non pardon, on parle plutôt de rhétorique. ↩︎
  12. Ça commence à être ppénible, ces fins de phrases avec ce genre de questions tréteauriques. ↩︎

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *